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Et maintenant les sectes
Edito du 25 février 2008

Décidément ce pouvoir aime faire sauter les tabous. A l’Elysée, une histoire chasse l’autre. La semaine dernière, nous étions sous le coup de l’annonce de l’adoption par les enfants de CM2 d’un enfant juif déporté. Cette semaine, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du Président de la République, nous apprend que, finalement, les sectes ne sont pas si méchantes que cela, qu’il faut assouplir notre dispositif de vigilance face à ce phénomène traumatisant et dégradant pour des milliers de familles. Aussitôt, l’église de Scientologie se félicite du discours "décomplexé" tenu à son endroit. On se rappelle l’épisode où Nicolas Sarkozy avait reçu dans son ministère l’acteur Tom Cruise, adepte et porte-parole officieux de la secte. Cette proximité avait déjà choqué, en raison de l’emprise de cette firme sectaro-maffieuse sur les esprits de milliers de gens en quête d’espoir et tentant de retrouver leur chemin dans un monde déglingué.

Les sectes, qui profilèrent sans contrainte dans certains pays comme les Etats-Unis, sont le symptôme d’une "malvie" dont la souffrance est ressentie par les plus fragiles socialement, culturellement et psychologiquement. Les sectes s’emparent violemment des esprits et les mettent sous pression. Leurs adeptes vivent dans une tension permanente et leurs proches se sentent blessés par ces absents si présents qui disparaissent littéralement sous leurs yeux. Même les enfants ne peuvent pas vivre libres, entourés qu’ils sont par le halo protecteur d’un système fermé qui tourne autour de la planète de son gourou du moment.

Que Nicolas Sarzozy laisse même sous-entendre qu’il faudrait temporiser avec ce genre de groupes à haut risque n’est pas étonnant. Pour lui, toutes les croyances sont bonnes, à l’instar des néo-conservateurs américains qui ont fait de la religion, de la morale et du Dieu-argent, un seul et même dogme. La Scientologie qui exploite ses donateurs est l’exemple accompli de ce marché des crédulités. Agiter ce hochet devant les médias n’a pas seulement pour objet de faire diversion et d’occulter les enjeux de la contre-réforme qu’est en train d’accomplir Sarkozy dans de nombreux domaines de la vie sociale, mais aussi d’installer un nouveau paradigme dans la société française en fracassant un des pilliers du contrat social français : la laïcité.

Entendons-nous bien, pour nous, la laïcité ne doit pas être sectaire et repliée sur elle-même, mais donner des droits supplémentaires. Je ne suis pas pour un "intégrisme laïc" dont l’horloge se serait arrêtée en 1905. Le "petit père Combes" devait se défendre face à une religion catholique qui avait été dominante pendant des siècles, qui était propriétaire de terres et de biens immobiliers et n’avait pas de concurrence dans son domaine. Aujourd’hui, l’Eglise est en crise, les paroisses sont désertées et les curés manquent à l’appel. Les couvents ferment faute de nonnes. L’islam est devenue la deuxième religion de France, mais la parente pauvre et disriminée. Faute de construction de mosquées, ses fidèles doivent prier dans des caves. Je n’ai pas été, non plus, de ceux qui ont cru défendre la laïcité en s’attaquant à quelques jeunes filles voilées et en votant une loi de circonstance. Pour toutes ces raisons, je crois que je ne suis pas le plus mal placé pour dire "halte-là !". Halte à cette remise en cause de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, halte à cette manière de mettre en concurrence l’instituteur et le curé - en sous-entendant insidieusement que le second est plus nécessaire que le premier -, halte à cette "doctrine de Latran", qui sape les fondements de la République.

Le néo-conservatisme se nourrit de faux débats de ce type : pendant que l’on agite la querelle de la laïcité, on ne parle ni du pouvoir d’achat, ni de la précarité, ni des atteintes de plus en plus nombreuses à la Constitution.

Jusqu’où ira Sarko ? On ne peut expliquer cette série de dérapages quotidiens incontrôlés par le tempérament ou la personnalité agitée du personnage. Il y a bien une stratégie de déstabilisation des bases mêmes de la démocratie. Sarkozy veut américaniser notre société à marche forcée, lui enlever ses capacités de résistance. Par petites touches successives, il teste ses défenses immunitaires. Il l’a fait avec le droit de grève, les régimes spéciaux, l’ADN, la loi sur l’immigration,les censures dans les médias... Qaund la digue saute, la confusion s’installe et la division de la société s’accentue. Le débat sur les sectes n’est certes pas le plus important mais il est révélateur du climat anxiogène qu’instaure Nicolas "Berluskozy"" dans le pays.

La vigilance démocratique des républicains s’impose.

Noël Mamère

PS1 : La dernière illustration en date de la dégradation de la politique nous est offerte par le Salon de l’Agriculture. Faute de pouvoir mettre la main au cul des vaches comme son prédécesseur, le "Président" insulte le quidam en le traitant de "pauvre con". De Gaulle et Mitterrand, réveillez-vous, il est devenu fou ! Je n’ai jamais été respectueux de l’esprit de la Vème République mais là les bornes sont dépassées. La fonction de représentation de la République mérite mieux qu’un sale gosse vulgaire et violent. Ce n’est plus un Président qui est la tête du pays, mais un sujet d’inquiétude.

PS2 : Castro quitte la scène, au moins officiellement. Ce dinosaure du pouvoir continuera à co-gouverner le pays par lettres à son peuple avec son frère qui lui a toujours obéi, le doigt sur la couture du pantalon. Pou les cubains, l’entrée dans l’après-Castro signifie des choses très concrètes, au-delà de la question des droits de l’Homme : le droit de voyager librement à l’étranger, la fin de la double monnaie qui encourage les inégalités, la possibilité d’en finir avec l’apartheid touristique qui les empêche d’entrer dans les hôtels que les étrangers... et les Cubains de Miami fréquentent, la possibilité d’acquérir des portables ou d’avoir accès à un ordinateur et à l’Internet, le droit de pouvoir changer de logement... La jeunesse cubaine est à bout. Elle n’a pas connu les débuts romantiques d’une révolution dont les acquis dans le domaine du droit à la santé et à l’éducation ne sont pas négligeables. Il n’est pas souhaitable que la Cubains reviennent après cinquante ans d’une dictature bureaucratique à un bordel et à un casino, arrière-cours de Miami. Le boycott économique de l’île a eu pour effet positif de préserver ses ressources naturelles. L’écologie est peut-être la voie médiane à explorer pour la génération cubaine montante.


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