Lors d’une intervention télévisée, jeudi dernier, au journal de 2O heures de TFI, le Premier ministre, François Fillon, a réaffirmé que son gouvernement n’envisageait "aucun nouveau plan de relance"..."la mobilisation ne résoudra pas les problèmes de la crise mondiale", a-t-il martelé. Le Premier ministre a répondu négativement à la demande de Daniel Cohn-Bendit, formulée au nom d’Europe Ecologie, de "retirer symboliquement le bouclier fiscal et la législation sur les heures supplémentaires". Rien d’étonnant à cela, puisque ce gouvernement a tout misé sur l’alliance avec un patronat qui pense d’abord aux profits de ses actionnaires, qu’il a cautionné les banques dont les dirigeants se sucrent sur le dos des épargnants et qu’il est démuni face à la crise. Même les patrons de cafés, hôtels et restaurants - qui viennent pourtant d’obtenir la baisse de la TVA qu’ils réclamaient depuis plus de 10 ans - donnent dans la provocation en refusant toute embauche nouvelle et tout engagement sur la réduction des prix de leurs prestations...Ils sont à l’image de Laurence Parisot qui multiplie les attaques contre le mouvement social.
La stratégie est claire : le gouvernement et le patronat jouent la montre et le pourrissement ; ils attendent patiemment les vacances d’été et une hypothétique reprise en 2010. Les directions syndicales, divisées sur la question de la convergence des luttes et sur une grève reconductible, donc générale, risquent de se voir débordés par des mouvements nés de la colère et de la révolte des catégories les plus touchées par la crise, comme le montrent les séquestrations de dirigeants dans les entreprises privées qui licencient et se délocalisent, ou les actions de désobéissance civile dans l’éducation.
Que l’on soit pour ou contre la radicalisation, elle est une donnée du problème posé à Nicolas Sarkozy. Ses promesses de campagne se retournent contre lui et il veut éviter un Grenelle à chaud. Il divise, temporise, s’agite tel une marionnette, mais il ne maîtrise plus aucun des leviers de commande.
Malgré une tentative de rapprochement franco-allemand, les Européens n’arrivent pas à coordonner leurs politiques économiques, les patrons se replient sur le maintien de leurs profits et ils n’investissent pas, les délocalisations se poursuivent, faute d’arrêt des subventions publiques à ces licenciements boursiers. Enfin, l’entreprise de casse de la fonction publique, en continuant les suppressions de postes, autre promesse de campagne, ne laissent à Sarkozy aucune marge de manœuvre. Son seul atout reste l’atonie de la gauche politique, son incapacité à surmonter ses divisons et à offrir une politique alternative. Il suffisait de regarder ce week-end, "le printemps des libertés" du PS, un vrai sujet pourtant, qui s’est soldé par un échec, parce que mal programmé, mal organisé et non unitaire.
Le "microcosme", comme aurait dit Raymond Barre, est déconnecté de la réalité, hors-sol, alors qu’il faudrait profiter de la crise pour :
décréter l’état d’urgence sociale et proposer enfin le contrat de sécurité- emploi- formation qui permettrait aux salariés de continuer à garder leurs emplois et leurs droits sociaux ;
reconvertir des filières sinistrées, comme l’automobile ;
créer une nouvelle Commission du Plan destinée à organiser la planification écologique des territoires et des filières industrielles, en liaison avec les instances européennes comme nous l’avons proposé avec le "Bruxelles de l’Emploi".
Autant de dispositifs qui visent à préparer le pays à une sortie de crise par le haut.
Sarkozy amuse la galerie en s’agitant contre les indemnités de quelques patrons, mais il ne demande pas la fin des stocks options, il n’exige pas le salaire maximum, comme l’a proposé Barack Obama, ou le revenu maximum, comme le propose Europe Ecologie. Au lieu de prendre la crise à bras-le-corps, il nous refait le coup de la campagne de 2007 sur la sécurité et l’immigration, en s’agitant contre les bandes en banlieues. Mais, deux ans plus tard, ça ne marche pas, parce qu’aujourd’hui, tout le monde est touché par la crise, les jeunes, les seniors, les ouvriers, les classes moyennes, tout le monde est concerné par l’envol du chômage et par les fins de mois difficiles. Jamais la situation n’a été aussi tendue. Je ne sais pas si le printemps sera chaud mais il est certain qu’une étincelle peut mettre le feu à la plaine sociale ; Je ne sais pas si nous assisterons à une grève générale, mais nous sommes déjà dans une situation de révolte rampante et prolongée où les oppositions des uns renforcent la détermination des autres.
Oui, Nicolas Sarkozy joue avec le feu. Des "bien-pensants" de sa majorité,
comme Pierre Méhaignerie, se souviennent que l’insécurité sociale conjuguée avec l’injustice fiscale, sont des détonateurs puissants de la mise en mouvement de tout un peuple. Ce qui s’est passé le 19 mars ne doit pas être considéré comme un avertissement de plus au gouvernement et au patronat, parce que la Guadeloupe et la Martinique ont appris aux manifestants que le pouvoir peut céder quand il se trouve face à un mouvement organisé et déterminé. Ils savent que si des LKP commencent à se former dans toutes les villes de France, réunissant syndicats, associations, partis, que des cahiers de doléances commencent à être élaborés, les manœuvres de la cellule de communication de l’Elysée seront vaines. Les partis de gauche doivent aussi tirer les leçons de cette nouvelle donne sociale, s’ils ne veulent pas s’enfoncer dans une division profonde qui ferait la part belle à Olivier Besancenot...Et renforcerait Sarkozy. La priorité des priorités politiques pour les partis de gauche, c’est de proposer des solutions de sortie de crise crédibles et non les veilles recettes sociales démocrates du passé. Les écologistes rassemblées ont commencé à travailler sur ce programme.
Il est nécessaire qu’au delà de la confrontation des élections européennes, le rassemblement de la gauche qui agit et construit, de la gauche durable et populaire, puisse s’opérer. C’est la crise de 1929 qui a débouché sur le Front populaire, les 40 heures et les congés payés, c’est la résistance qui a permis le programme du CNR : la Sécurité sociale, les nationalisations et le vote des femmes. Cette récession sans précédent, produit de la conjonction des crises financière, économique, climatique, énergétique, première crise de la mondialisation, peut déboucher sur le meilleur comme sur le pire. Nous voulons, nous, le meilleur, c’est à dire une société de sobriété, où le seul critère ne soit plus l’argent roi et le profit, mais le bien-être et la qualité de vie. L’affrontement entre ces deux visions du monde va être rude. Il a déjà commencé. Il nous faudra apprendre à convaincre notre camp, la gauche, d’en finir avec les vieilles recettes de la croissance pour la croissance, de la destruction des ressources naturelles, du gaspillage et de la surconsommation au Nord et de l’exploitation néocoloniale au Sud. Comme en 1929, nous avons peu de temps avant que la fin d’un cycle et d’un système se transforme en guerre. En général, les écologistes mesurent leurs cris. Maintenant il va leur falloir crier plus fort que les autres pour faire entendre la voix de la raison.
Le 22 mars 68, il y a 41 ans, la révolte étudiante commençait... Plusieurs de ses initiateurs, qui sont maintenant des écologistes convaincus, s’accordaient sur deux formules clefs : « changer la vie » et « l’imagination au pouvoir ». Ils surent en faire l’étendard d’un soulèvement de la vie qui déboucha sur des transformations sociales et de société concrètes, mais aussi et surtout sur un changement général des mentalités et des comportements.
L’écologie politique est l’héritière directe du mouvement né le 22 mars. Quarante et un ans après, ces deux formules sont encore à l’ordre du jour. Plus que jamais, nous avons besoin de changer et de choisir notre vie. Pour cela, il nous faut encore plus d’imagination pour organiser la reconversion écologique du monde. Le combat continue, commençons le débat.
Noël Mamère, 23 mars 2009.
P.S. 1 : Benoît XVI n’en rate décidément pas une. Après l’affaire du négationniste Williamson, après la caution silencieuse devant l’affaire de la jeune brésilienne de 9 ans violée, avortée et excommuniée, il vient de faire des déclarations sur la nocivité de la capote qui appelleraient sa traduction devant la Cour Pénale Internationale pour avoir mis en danger la vie de millions d’africains. Pourtant, à ses déclarations criminelles, quelque chose est bon : comme aux premiers temps de l’Eglise, le peuple « catho » est en train de redécouvrir qu’un pape ça se conteste. Il n’est pas une autorité ad aeternam, mais un homme élu par d’autres hommes (pas de femmes, bien entendu) dans un conclave. Une opinion publique catholique est en train de naître qui demande aujourd’hui des comptes et, peut être demain, la démission du pape. Pourquoi pas une pétition de millions de signataires pour qu’il s’en aille !
P.S. 2 : "Welcome" : M. Besson a menti ; cette semaine ( jeudi 19 mars ) André Barthélemy, membre de la commission consultative des droits de l’Homme et président d’une ONG lyonnaise, a été condamné jeudi 19 mars à 1500 euros d’amende pour avoir protesté contre l’expulsion de deux congolais, en tant que passager d’un vol d’Air France. Deux jours après, on envoyait un père de famille angolais en RDC, donc dans un autre pays que celui où il est né... Mais cette expulsion, déjà inique en soi, s’est déroulée dans des conditions particulières : Le sans-papier en question a été arrêté en plein hôpital, au chevet de sa fille, malade. Dans quel pays vivons-nous ? Honte à vous, monsieur Besson.