Dubaï, un émirat parmi d’autres, que le pétrole de ses voisins du Golfe avait transformé en oasis pour multimilliardaires, avait donc décidé de se lancer dans une voie de surcroissance productiviste : projets pharaoniques de gratte-ciel d’un kilomètre de haut et de buildings géants, place financière internationale, tourisme de luxe pour milliardaires avec pistes de ski installés en plein désert, centres commerciaux gigantesques, îles artificielles, patinoire olympique... Rien n’était assez grand, assez beau, assez fou, assez énorme, pour satisfaire la soif insatiable des investisseurs et de la famille au pouvoir. Une course sans fin à la démesure qui ne devait jamais s’arrêter. Dubaï voulait devenir une mégalopole exemplaire de la civilisation moderne, un concentré des plus hautes technologies, un paradis pour les géants du BTP et les requins de la finance. Dans les faits, cette métropole monstrueuse n’était qu’un puits sans fond destiné au recyclage de milliards de dollars, ne reposant sur la création d’aucune richesse sociale, un camp de travail forcé pour 80 % de sa population, constituée par les immigrés du Bangladesh, des Philippines et de tant d’autres nationalités, véritable armée d’esclaves chargés de construire cette Atlantide du désert. Et puis, patatras, la crise a mis à bas ce mirifique projet. Le mirage, car c’en était un, s’est dissipé ; les chantiers se sont fermés les uns après les autres depuis plus d’un an, entraînant de gigantesques faillites et la fin du « miracle Dubaï ». La fin des illusions, pourrait-on dire, car ce prétendu modèle ne reposait sur rien d’autres que la bulle spéculative. Rien n’était réel si ce n’est le vent de sable du désert qui s’apprête à recouvrir la mégalomanie et la rapacité des concepteurs de cette dégradation globalisée de l’environnement. Cet effondrement est exemplaire.
Alors que Nicolas Sarkozy traite de doux rêveurs les écologistes qui prônent la décroissance nous venons d’entrevoir l’avenir que cette société fondée sur la croissance pour la croissance, la consommation pour la consommation, le paraître pour le paraître, prépare aux générations futures ; une société sans passé et sans avenir, une société du néant, une société du vide.
Pschittt, la fête est finie, les jeux sont faits. Passez votre chemin, il n’y a plus rien à voir, à dépenser, à penser. La roue de la fortune s’est arrêtée à Dubaï, car elle tournait sur un mensonge : l’Argent Roi, qui nous serine à l’oreille que tout peut s’acheter, tout peut se vendre, l’eau, la terre, l’air... Dubaï a été le plus loin dans cette abstraction qui substitue le virtuel à l’authentique, le gigantisme à l’échelle humaine, la folie des grandeurs à la maîtrise de son destin par l’homme, la destruction de la nature par l’édification de nouvelles idoles urbaines, telles que les tours sans limites, les autoroutes, les automobiles de luxe, mais aussi les OGM, les produits chimiques, les nanotechnologies...Une société aseptisée, sans saveur ni odeur, déconnectée du réel, hors-sol - dont Dubaï était devenue le symbole - s’est développée hors de tout contrôle.
L’émir Mohamed Ben Rachid Al - Maktoum aurait dû lire Jared Diamond, il aurait compris qu’une société ne meurt pas des seuls dommages écologiques ou climatiques, mais qu’elle peut crever de ses rapports de dépendance à l’égard de ses partenaires commerciaux et financiers, de ses jeux de pouvoir avec ses voisins du Golfe. Elle paie aussi l’abandon de ses valeurs propres, celles des nomades du désert, de réponses totalement extérieures à sa société qu’elle a voulu importer de l’Occident. Elle s’effondre et ce n’est que justice. Les empires meurent tous par là où ils ont pêché. Le productivisme est en train de trépasser sous nos yeux pour être devenu autophage.
Noël Mamère, le 30 novembre 2009
PS/1. Les Suisses ont donc dit non à 57 % aux minarets. Ils ont dit niet à la religion de leurs pauvres, mais ils acceptent les pétro-dollars des émirs du Golfe et de leurs familles sur les bords du Lac Leman et dans les palaces de Genève et de Lausanne. Ils refusent l’islam des pauvres, des kosovars en particulier, venus rejoindre un pays qu’ils croyaient tolérant ; ils ont rejeté cet islam modéré qui a toujours respecté la loi suisse, contrairement à tel banquier nazi, tel marchand d’arme véreux, tel mafieux de haute volée, décrits maintes fois dans les livres de Jean Ziegler.
Ce référendum est symptomatique d’une Europe repliée sur soi qui a peur d’elle même. En Suisse comme en France, le bouc-émissaire est évidemment l’autre, l’étranger, l’arabe, le musulman. Ce funeste dimanche, on a vu ce qu’était l’identité nationale suisse. Ici, en France, nous allons faire une loi pour 340 burqas ! C’est toujours la même chanson. Sarkozy commence sa campagne des régionales devant les cadres de l’UMP en fustigeant les sans-papiers, Marine Le Pen lui emboîte le pas en r profitant de l’aubaine suisse. Camus, Voltaire, revenez, ils sont devenus fous !
PS/2. Sarkozy est devenu le défenseur de « l’écologie populaire ». Un travestissement de plus pour le scénariste de l’Elysée. L’écologie populaire, c’est l’exact contraire de l’écologie libéralo- industrielle qui, au nom du capitalisme vert, veut remplacer le pétrole par les agro-carburants, les énergies renouvelables par le nucléaire, le bio par le recours masqué aux OGM. L’écologie populaire, c’est l’écologie des pauvres qui refusent l’achat des terres par milliers d’hectares, la financiarisation de l’agriculture, c’est l’écosyndicalisme qui lutte contre la pollution chimique, l’amiante et les produits toxiques dans les usines et les délocalisations des producteurs de CO 2 ; l’écologie populaire, c’est le mouvement pour la justice environnementale et sociale dans les quartiers populaires qui refusent les discriminations ethniques, sociales et écologiques, celles qui dressent un mur d’apartheid dans les banlieues. Décidément, Sarkozy, n’est qu’un escroc intellectuel qui pervertit tout ce qu’il touche, de la Résistance à l’écologie. Il a remis à jour la théorie blairiste de la triangulation. Il pille le fond idéologique de l’écologie, son histoire et ses concepts, pour les retourner contre les écologistes. Il l’avait fait avec Jaurès, Guy Môquet, Camus. Il s’apprête à le faire avec René Dumond, Chico Mendès et Wangaari Matthaï. Nous ne le permettrons pas.
PS/3. Europe Ecologie poursuit sa dynamique, poussée par le vent de l’histoire. De tous les courants de la gauche et même des rangs démocrates, des militants, des responsables, des élus, nous rejoignent. Raison de plus pour dénoncer la double menace qui plane sur notre fragile barque : vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, en se partageant des places que l’on a pas gagnées, entre courants Verts qui ne représentent plus que des intérêts corporatistes ; faire le lit d’un magma centriste en redonnant du mou à Bayrou alors que son bateau prend l’eau. L’un et l’autre dangers sont plus liés qu’il n’y parait. Ils s’alimentent en se dénonçant. Nous devons ouvrir le rassemblement, le plus loin possible, mais sur la base de notre projet. Il est écologiste et à gauche.
Nous sommes la gauche, parce que nous prônons la justice sociale, les valeurs d’égalité, de fraternité, de liberté et de démocratie, dans toutes leurs dimensions. Parce que l’écologie peut et doit devenir le moteur de la gauche du 21e siècle, nous refusons le sectarisme, les jeux « petit bras » d’appareils régionaux ou locaux en décomposition accélérée qui font tout pour conserver leurs acquis, leurs places bien au chaud, en refusant aux nouveaux entrants de prendre leur place, toute leur place, dans le mouvement. L’orientation politique et le dépassement des Verts sont liés. Ceux qui refusent Marie Bové en Aquitaine rejoignent, in fine, ceux qui font la danse du ventre devant le Modem à Paris. Ils n’ont rien compris au film.