Bonne idée : durant ces trente-cinq dernières années ont disparu autant d’espèces qu’en cinq mille ans. On sait aujourd’hui avec certitude que l’objectif 2010 de réduction de cette perte abyssale de la biodiversité ne sera pas atteint. Si la conservation de la diversité biologique est devenue une préoccupation mondiale, la nature continue pourtant à crever sous nos yeux. Les causes de la perte de biodiversité sont multiples : produits chimiques, braconnage, urbanisation, assèchement des zones humides, espèces exotiques envahissantes...
Selon l’Union internationale de conservation de la nature (UICN), la liste rouge des espèces menacées ne cesse de s’allonger. Au total, au moins 16 928 espèces sont menacées d’extinction. Ce chiffre est toutefois sous-estimé car seulement 3 % de la biodiversité connue est évaluée. De plus, la biodiversité connue est certainement huit fois moins importante que la biodiversité existante. Au niveau mondial, la France est au 9ème rang des pays qui hébergent le plus grand nombre d’espèces menacées. En d’autres termes, près de 700 espèces sont en danger en métropole et dans les territoires d’Outre-Mer. Que valent donc les beaux discours lorsque 99 % des espèces menacées d’extinction le sont par les activités humaines ? L’homme est donc la principale cause d’extinction des espèces. Pourtant, la perte de la biodiversité a des effets néfastes sur plusieurs aspects de notre quotidien, essentiels à notre survie. Nous sommes tous concernés par la perte de la biodiversité, parce qu’elle touche à notre santé, à celle de nos enfants, à la sécurité alimentaire, à l’accès à l’eau salubre et nous rend vulnérables face aux catastrophes naturelles, comme on vient de le constater en Haïti. Se prenant pour Prométhée, l’homme a cru qu’il pouvait maîtriser les forces de la nature, il les a en fait martyrisées, spoliées, exploitées à outrance. Le seul moteur de la civilisation productiviste est la destruction ; Cette planète est autophage, parce qu’elle se nourrit de la destruction des milieux naturels. Notre génération, encore plus les suivantes, paient et paieront cash le prix de ce massacre silencieux. L’homme a accéléré le rythme d’extinction, aujourd’hui 1 000 fois supérieur au rythme naturel d’extinction. Nous avons changé d’échelle. Il n’est pas inutile de noter que ce massacre a été parallèle à celui de la révolution industrielle. Au XIXème siècle, on construisait le chemin de fer et on massacrait les bisons. Lorsque la colonisation américaine a commencé, on évaluait leur nombre de têtes entre 60 et 100 millions. En 1872, il n’en restait que... 350. On décida de sauver ces survivants en créant le premier parc de conservation de la nature à Yellowstone, contemporain des réserves d’indiens que l’on avait également asservis et massacrés. On inventa ainsi le « conservationisme » environnemental qui permet aujourd’hui à des milliardaires ou à des fondations d’entreprises de racheter et de recoloniser des millions d’hectares en Patagonie, en faisant fi de la souveraineté des peuples, comme l’on faisait fi de la souveraineté des nations indiennes autochtones.
Malgré le développement de zones et d’aires protégées, malgré toutes les conventions internationales, rien n’arrête la destruction de la biodiversité. Nous sommes en train de passer d’un monde vivant à un monde mort. Décrit dès les années soixante par Carolyn Carson dans « le printemps silencieux », nous pouvons maintenant dire que nous savions l’étendue des dégâts mais que nous n’avons rien fait pour empêcher ces crimes contre la nature, pour arrêter ce véritable biocide. Les gouvernements sont capables d’injecter des dizaines de milliards pour sauver les banques, accorder un répit aux traders et aux spéculateurs de tout poil pour qu’ils puissent recommencer à faire des profits, mais ils ne font rien, ou presque, pour sauver la terre. En fait, ils continuent à la piller sans vergogne : ils assèchent les puits du Niger pour exploiter l’uranium, ils disséminent les OGM partout dans le monde, ils colonisent des millions d’hectares de terre cultivables pour continuer une agriculture intensive qui s’emploie à détruire le sol et à créer de la famine.
Face à ce biocide, il n’y a pas de solutions nationales. Le dernier exemple en date tient dans la récente décision du gouvernement français sur le thon rouge ; elle va dans la bonne direction, mais n’aura de sens que si le reste du monde applique les mêmes règles. Or, en termes de gouvernance mondiale, la préservation de la nature n’est pas la priorité. Certes, de multiples accords internationaux codifient le respect de la biodiversité, mais ils sont dépassés par la rapidité de l’extinction et la non existence d’une police internationale de la nature. En 2002, pendant la campagne présidentielle, j’estimais que face à ces crimes contre la terre, il fallait créer une section du Tribunal pénal international pour juger de la criminalité écologique face aux « écocidaires » des marées noires, des forêts primaires et des fabricants de la mort invisible, qui polluent l’air, la terre, la mer. J’étais en dessous de la réalité, car je n’appréciais pas encore la rapidité du désastre environnemental. Depuis cette époque, le changement climatique est devenu une réalité massive ; il sera un facteur important de déclin pour la faune et la flore au cours des trois prochaines décennies. L’échec de la conférence de Copenhague aura des conséquences dramatiques sur les écosystèmes. C’est pourquoi, une année mondiale de la biodiversité n’a de sens que si elle permet à la société civile mondiale de peser réellement sur les profiteurs des guerres contre la nature. Sans vouloir être pessimiste, nous en sommes loin, très loin. Pourtant, si nous ne voulons pas connaître le destin des dinosaures, il faudra bien qu’au delà de nos batailles dérisoires, nous nous élevions contre ce grand massacre qui ne dit pas son nom.
Noël Mamère , le 8 février 2010
PS : Besson et Fillon se prennent une fois de plus les pieds dans le tapis de l’histoire. En organisant un séminaire gouvernemental le 8 février ; c’est à dire le même jour que la commémoration de l’assassinat des 9 militants communistes et syndicalistes, au métro Charonne, en 1962, par la police du sinistre Papon, ils commettent une bévue de plus, consciente ou inconsciente. C’en est assez de ces « malentendus de l’Histoire ». Avec ce débat crapoteux, ils ont rouvert la boite de Pandore. Qu’ils la referment vite et qu’on en finisse avec ce Ministère de la honte, digne du temps des colonies. Le 27 février prochain, je manifesterai pour sa suppression, avec des milliers d’autres citoyens de ce pays.