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Le temps des catastrophes naturelles
Edito du 8 mars 2010

Haïti, Chili, Vendée... Les catastrophes naturelles se multiplient et frappent tous les continents sous nos yeux impuissants. Dans un monde (occidental, s’entend) où nous ne sommes plus habitués à la violence, elles sont ressenties comme des agressions d’un autre âge. Elles nous rappellent que la nature ne peut être totalement maitrisée par l’homme et que le rêve prométhéen n’est qu’un mirage. Les catastrophes naturelles ne sont pourtant naturelles que dans leurs causes ; elles sont le produit et le reflet des sociétés et des gouvernements ; elles ne sont pas socialement neutres. Les cataclysmes frappent plus les faibles et les pauvres que les privilégiés. Elles nous incitent aussi à reconsidérer notre approche de la prévention des risques.

De ce point de vue, la Vendée est un cas d’école. Dans les villages côtiers du littoral, les petites communes n’ont pas de services techniques appropriés pour répondre aux demandes des promoteurs immobiliers ou de certains de leurs administrés. Dans d’autres, (comme dans le cas de la Faute sur mer), règnent souvent des notables qui, depuis des décennies, ne respectent que la loi du profit à court terme. Pour cela, ils se sont assis sur la réglementation anti-inondations et sur la loi littorale, souvent aidés en haut lieu par leurs amis politiques. En Vendée, la commission des sites a donné son aval à des projets d’implantation sans attendre que l’Etat, et notamment les DDE, ait émis un avis motivé. Résultat : les élus locaux ont délivré à tire-larigot des permis de construire qui se sont transformés en passeports pour la mort. En cumulant corruption et délinquance écologique, ils ont apporté la preuve qu’on ne peut pas préserver l’environnement sans État de droit mais que l’Etat de droit doit pouvoir être appliqué contre ceux qui sont censés appliquer la loi. En 2002, nous avions réclamé la création de parquets spécialisés dans la poursuite contre la criminalité environnementale. S’il y avait une première leçon à tirer de Xynthia, c’est bien celle-là. Durant des années, les lanceurs d’alerte ont été marginalisés dans leur propre village, parce qu’ils dénonçaient dans le silence des autorités, les dérives des élus locaux peu soucieux du bien commun. Je suggère qu’une police verte de l’environnement, ou tout au moins un corps d’inspecteurs, puisse être saisie préventivement pour enquêter sur les plaintes concernant ce secteur.

Quant à la gestion des digues, elle est à revoir entièrement. Face au morcellement des propriétaires, il faut absolument clarifier les responsabilités des individus, des associations ou des entreprises privées. La question de la gouvernance du parc est posée. La création d’un réseau national des digues devrait être à l’ordre du jour pour ne pas laisser les petites communes prendre en charge des ouvrages trop importants pour leur budget. Là encore, la vétusté des digues avait été dénoncée depuis longtemps par la DDE sans que personne ne lève le petit doigt. Le gouvernement, qui n’a que le mot sécurité à la bouche quand il s’agit de stigmatiser les populations de la banlieue, n’a pas assuré la sécurité publique des biens et des personnes. C’est pourquoi je demande la création d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur ces questions. Elle sera déposée le 9 mars sur le bureau de l’Assemblée nationale.

La troisième leçon concerne la gestion des zones inondables et le plan d’urbanisation des sols. Ils ne relèvent pas seulement de la corruption de quelques élus mais de l’inconséquence avec laquelle on a traité la prévention des risques en France. Le journal « Le Monde » révélait que, de 1999 à 2006, près de 100 000 logements ont été construits dans 424 communes classées en zones inondables, et que seules 7600 communes sur 12 000 ont été pourvues de plans de prévention des risques d’inondation. Nous nous trouvons bien face une urbanisation démesurée, expression de la loi du profit et de l’individualisme. Le tribunal de Poitiers a par exemple donné raison à des habitants qui s’opposaient à la surévaluation des digues... parce qu’elles leur cachaient la vue sur la mer ! Face à la menace de la montée des eaux sous l’effet du réchauffement climatique, ces dérives individualistes doivent être combattues, au risque de connaître d’autres catastrophes, encore plus graves. Il est urgent d’arrêter le bétonnage systématique des côtes. On ne doit plus faire n’importe quoi sous la pression immobilière des promoteurs et des aigrefins de tout acabit.

L’environnement n’est pas une variable d’ajustement que l’on utilise à des fins électorales, comme vient de le faire le Président de la République au Salon de l’agriculture, en s’asseyant sur les acquis du Grenelle. Quand la vie des personnes est en danger, nous sommes dans un autre registre, celui de la non-assistance à personnes en danger.

S’il n’y avait qu’une seule raison de voter Europe Ecologie aux régionales du 14 mars , ce serait bien celle-ci. Si l’on veut concrètement protéger les hommes et la nature de la destruction encouragée par la folie du court termisme, il faut d’urgence inverser la tendance. La politique a encore ce rôle de nous sauver de nous mêmes et de nos plus bas instincts. Refuser la loi de la jungle, c’est accepter que la loi nous protège tous face aux risques engendrés par les catastrophes naturelles. Personne n’est responsable d’une tempête ou d’un raz-de-marée, mais chacun est responsable de ses conséquences et de la force de leur impact.

Noël Mamère. Le 7 Mars 2010

PS/1. Dans une semaine, quand vous lirez le prochain éditorial, le premier tour des élections régionales sera derrière nous. Ces élections auront peut-être été ternes, sans grand débat sur les régions, remplies de petites phrases et d’attaques de basse-cour mails elles auront un impact sur la recomposition du paysage politique. Le Parti unique de la droite risque de prendre une veste mémorable. Mais si rien ne bouge à gauche, cette défaite ne préparera pas de lendemains porteurs d’espoir. En fait, le rééquilibrage de la gauche en faveur du projet écologiste est la véritable inconnue du scrutin. Si Europe Ecologie s’installe solidement dans le paysage, la gauche pourra marcher sur ses deux jambes, sinon elle continuera à claudiquer au gré des conflits internes au PS.


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