Recherche
> Procès Allègre : signez la pétition de soutien à Politis !
DANS LA MEME RUBRIQUE :

Rentrée ?
Iniquité
Une crise de régime
Où va la France ?
La débâcle
BRIC
Contre l’impunité
Exodus
Du pain, des jeux ... Et des éléphants blancs
Thaïlande

Césarisme
Edito du 29 janvier 2007

La campagne présidentielle rentre dans son avant dernière ligne droite. Au mois de janvier les tendances lourdes se précisent. On sort du flou de la très longue pré-campagne, commencée en fait depuis 2002. Le discours de Nicolas Sarkozy et son sacre du 14 janvier ont donné le ton. Une machine à broyer la gauche s’est mise en mouvement et la faiblesse de la réaction des adversaires de Sarkozy laisse songeur.

La démocratie participative, c’est bien si elle permet de mobiliser, de fédérer et d’impliquer, c’est un slogan creux s’il révèle une absence de choix, une approximation dans les propositions, un flou dans les décisions. C’est dans cette brèche que s’est engouffré le petit Napoléon de Neuilly qui a au moins trois atouts en poche :
-   Un parti désormais rassemblé, au financement puissant, comptant le plus grand nombre d’adhérents et ratissant large des franges de l’extrême droite aux centristes bon tain proches de l’UDF. L’UMP est à certains égards plus redoutable que le RPR.
-   Un discours recentré sur le mérite, la nation, les valeurs éternelles de la France. Le discours de la Porte de Versailles est un modèle du genre. Les figures de Guy Moquet, Blum, Jaurès, Simone Weill, Clemenceau, Gambetta ont été mobilisées dans un pathos digne de Malraux prononçant l’éloge de Jean Moulin. Tout y est passé, pour montrer un Sarkozy, héritier naturel de la droite et de la gauche, voulant rassembler au delà de son camp, un Sarkozy qui grâce à ses épreuves aurait changé, revêtant la redingote d’un vieux sage marqué par les rides du temps. Les anciens nouveaux philosophes, d’André Gluksman à Pascal Bruckner, peu regardant sur les basses œuvres du Ministre de l’Intérieur en matière d’immigration, se précipitent derrière lui pour rejoindre Doc Gynéco et Johnny Halliday. Au delà de l’anecdote, le symbole est fort, Sarkozy fait bouger les lignes. Pour le moment, Ségolène n’a fait que renvoyer les éléphants à l’abreuvoir.
-   Un ministère de l’intérieur à sa botte. Les RG ne font pas dans la dentelle : enquête sur Bruno Rebelle, sur le patrimoine de Ségolène. La dernière police politique de la République s’est transformée en une cohorte au service du maître de la Place Beauvau. Les moyens de transport, de communications, l’organisation des déplacements,le formidable appareil de renseignement est tout entier au service d’un candidat que les scrupules n’ont jamais étouffé. On est loin de la République impartiale. Mendès France et même Georges Mandel dont se réclame le successeur de Fouché, Ponia et Marcellin, peuvent se retourner dans leurs tombes.

Sarkozy, héritier politique de Guizot (« enrichissez vous »), se métamorphose dans une nouvelle figure de ce que l’on pourrait appeler le césarisme à la française, une synthèse entre un bonapartisme pratiquant le coup d’Etat permanent, un populisme gouailleur surfant sur les peurs et l’émotion et un flic tenté par la stratégie de la tension. Les français aiment souvent les hommes à poigne pour ensuite les contester brutalement. Il ne faudrait peut être pas qu’ils laissent passer sans réagir le moment de l’élection. Ils en prendraient, nous en prendrions alors pour cinq, voire dix ans d’une politique qui ne s’embarrasse pas de faux semblants et s’affirme libérale, atlantiste, communautariste, dure pour les pauvres et agréable aux riches. A l’heure de la nouvelle mode des pactes consensuels signés par tous et toutes, n’oublions pas les vrais contradictions qui traversent la société. Sarkozy n’est ni Hulot ni l’Abbé Pierre. Il est entièrement tendu vers son unique ambition, la prise du pouvoir. Mais cette conquête ne se réduit pas au radicalisme un peu vieux jeu de Chirac.

Face à la mondialisation, Sarkozy a un projet pour la France, il veut la thatchériser. Ses premières annonces réelles sont d’abord des déclarations de guerre aux régimes spéciaux de retraites, au droit de grève, au contrat de travail, à l’immigration. C’est pourquoi, dans cette phase essentielle de l’élection présidentielle, la faiblesse apparente de la candidate socialiste fait peur. On a connu au mois de janvier des « dévissages « célèbres, ceux de Balladur en 1995 et de Jospin en 2002. Comme les partis de l’ex-gauche plurielle ne sont pas plus flamboyants, même après le retrait de Nicolas Hulot, nous devons maintenant prendre la mesure du temps de l’élection. Il reste moins de cent jours pour que la gauche dans sa diversité montre sa force au premier tour et se rassemble au second. Après, il sera trop tard.

Noël Mamère

Le 29 janvier 2007


IMPRIMER
Imprimer