Recherche
> Procès Allègre : signez la pétition de soutien à Politis !
DANS LA MEME RUBRIQUE :

Rentrée ?
Iniquité
Une crise de régime
Où va la France ?
La débâcle
BRIC
Contre l’impunité
Exodus
Du pain, des jeux ... Et des éléphants blancs
Thaïlande

Droitisation

Moins de deux semaines avant le premier tour de scrutin, alors que, selon un récent sondage, plus de 18 millions d’électeurs se déclarent indécis sur leur choix, il est déjà possible de tirer un premier bilan de la campagne présidentielle. Il tient en un mot : droitisation. Droitisation des thématiques, des discours politiques et de la société. Droitisation des thèmes de campagne. Nicolas Sarkozy qui affiche un piètre bilan comme Ministre de l’Intérieur ou de l’Economie a pourtant réussi à constamment imposer son agenda politique durant cette première phase de campagne : valeur travail, travailler plus pour gagner plus, identité nationale, maîtrise de l’immigration, sécurité, acquis et inné... Il a tant banalisé les thèmes traditionnels de Le Pen qu’il risque de préempter son électorat pour le second tour.

La dérive à droite, malgré la présence de sept candidats de gauche, de la société politique n’est pas contestable. Elle ne fait qu’exprimer une perte de repères idéologiques qui a commencé avec l’abandon de l’Etat providence et la montée de la mondialisation libérale. La lutte contre les idées du mouvement de Mai 68 (libéralisme sociétal, préférence pour les minorités, affirmation du rôle des salariés, notamment les plus pauvres, tiers-mondisme, thématique redondante) vient de loin. Elle a d’abord été celle de clubs de pensée d’extrême droite (club de l’Horloge) puis d’intellectuels défroqués de la gauche, passés à droite au nom de l’antitotalitarisme. Elle fût reprise par une droite chauffée à blanc par la lepénisation des esprits et, enfin, remixée par une gauche nationaliste républicaine. Cette coalition des bien-pensants de l’ordre s’est trouvée une cible de choix : l’étranger, l’immigré, le sans-papiers et, maintenant, le musulman. Ce rejet de l’autre progresse, parce que personne à gauche ne veut comprendre que le capitalisme du « jour d’après » l’Etat nation est devenu un capitalisme du précariat. Face au précariat généralisé du travail et de la vie, face au morcellement des groupes sociaux, on ne lutte pas de la même manière qu’au siècle précédent. La radicalisation de la société s’est faite à droite et pas au centre. Pour s’opposer à cette polarisation, toute réponse ne peut que venir d’une gauche ancrée sur des valeurs d’affirmation et des objectifs qui renouent avec la gauche de combat :  Le devoir d’hospitalité et la solidarité avec ceux qui viennent d’ailleurs. Notre pays est en train de devenir une terre d’immigration. Affirmer que notre identité « nationale » doit se forger à travers le multiculturalisme, la citoyenneté européenne et la coopération solidaire entre le nord et le sud est une condition sine qua non de reconquête de la gauche. Elle peut paraître utopique dans les conditions actuelles. Mais contrairement à ce qu’en dit la vulgate nationaliste en cours, le développement des mariages mixtes et du brassage des populations n’a pas lieu dans les beaux quartiers mais au cœur des cités et des quartiers populaires. Ce changement prendra du temps, mais il est en cours. Il faut que la gauche assume ce tournant et refuse l’universalisme abstrait ; comme la version intégriste de la laïcité qui tombe dans le panneau de la lutte contre l’islam, assimilé à sa version salafiste ultra minoritaire et qui contribue, in fine, à la stigmatisation d’une partie importante des composantes populaires du pays.  La garantie d’un revenu et la réduction du temps de travail. La gauche met sous le boisseau sa bataille historique pour la réduction du temps de travail. On peut comprendre sa frilosité à l’égard d’une loi qui a été grignotée de toute part et mal appliquée, notamment dans la fonction publique, mais sur le fond, la RTT a montré qu’un autre rapport entre le temps de vivre et le temps consacré à gagner sa vie était possible, que le partage du travail était une manière de poser la question de la redistribution des richesses au profit d’autres catégories que celle des actionnaires. Il s’agit de s’opposer frontalement au débat sur la « valeur travail » de Sarkozy, liée au mérite. Mais pourquoi accepter cette société méritocratique fondée sur la compétition, la culture du résultat à tout prix, l’écrasement du voisin et du collègue ? Pourquoi ne pas proposer un modèle de société fondé sur l’extension des droits sociaux et la garantie d’un revenu minimum pour tous ? La percée de l’idée de la sécurisation des parcours professionnels montre que, sur ce plan, la bataille culturelle peut être gagnée à gauche.  Un autre modèle de développement. La Conscience du péril que représente le réchauffement climatique a fait avancer très largement le débat sur le modèle de développement. La démonstration du GIEC, parue la semaine dernière, montrant que les pauvres sont les plus touchés par le réchauffement est un indice supplémentaire pour la construction d’un modèle de développement fondé sur une décroissance sélective rompant avec l’idéologie productiviste de la gauche traditionnelle, un des fondements du renouvellement d’une gauche populaire.  La rupture avec le modèle monarchique de pouvoir. Il est clair q’une grande majorité de français considère l’élection du président de la République comme le fondement du droit des citoyens à intervenir sur le champ politique. La gauche ne pourra revenir au pouvoir durablement que si elle ose contester ce point de vue. La dérive monarchique du pouvoir renforcée par l’apparition du quatrième pouvoir des médias signe la fin d’une certaine idée de la démocratie. La réduction du mandat présidentiel à 5 ans avec la subordination de l’élection législative à celle du chef de l’Etat a accéléré cette dérive et renforcé l’idée même du bipartisme. La leçon de choses de cette campagne, quel qu’en soit le résultat - y compris si la candidate de gauche était élue sur l’émergence d’un front anti-Sarko - est claire : la gauche n’est venue au pouvoir que sur la base des aspirations de son camp et pas de celles de la droite. Le Front populaire et Blum, le programme commun et Mitterrand, ont symbolisé en leur temps une synthèse de ces aspirations. Les temps ont certes changé mais la différence entre la gauche et la droite n’est pas qu’une affaire de sémantique. L’électorat populaire demande certes à être protégé par des politiques de prévention et par l’application du principe de prévention, tant en matière sociale qu’environnementale, mais la protection ne signifie pas la régression, la soumission aux logiques racistes, sécuritaires ou libérales. La droitisation de la société n’est pas innée. Elle n’est pas inscrite dans le marbre, à la condition d’un rééquilibrage de la gauche et, de ne pas laisser aux mains de ceux qui veulent en faire un appendice français du blairisme. Noël Mamère, le 10 avril 2007 PS 1 : le 9 avril, la chute de Bagdad sonnait la fin du régime de Saddam Hussein et l’ouverture réelle de la guerre dans laquelle les Etats-Unis et leur coalition se sont embourbées. La France a heureusement refusé de participer à cette guerre mais a accepté de s’engager dans celle d’Afghanistan. J’ai été à l’époque le seul responsable politique à avoir dénoncé cette « guerre menée contre le peuple afghan », en désaccord avec la plupart des membres de mon parti. L’enlèvement des deux travailleurs humanitaires par les talibans, la dégradation de la situation sur le terrain où le pouvoir des chefs de guerre et le trafic de l’opium est au zénith, montre que mes propos de l’époque n’étaient pas infondés. Nous devons à minima, comme une grande partie de la gauche italienne, demander le retrait de nos troupes d’Afghanistan. PS 2 : Sarkozy est vraiment un homme dangereux. Quand il se lâche dans « Philosophie Magazine » en tentant de démontrer le caractère inné et génétique de la pédophilie, il réhabilite Alexis Carrel, ce champion du racialisme. Comment un tel personnage peut-il diriger la France ? PS 3 : Je persiste et je signe : le Pacte de Nicolas Hulot s’est révélé une tromperie sur la marchandise et a contribué à déconsidérer et à banaliser l’écologie politique. Courir après sa notoriété est plus qu’une faute de goût, c’est une erreur politique qui n’apportera rien d’autre qu’un brouillage supplémentaire auprès de l’électorat.


IMPRIMER
Imprimer