Nicolas Sarkozy estime que la situation de la France de 2007 équivaut à celle de 1958. La rupture doit être organisée sur tous les plans : social, économique, culturel, politique. Elle doit être menée par un homme déterminé, chef d’une droite décomplexée qui rassemble autour de sa personne, responsables de gauche, de droite et di centre, indépendamment des idéologies. En vertu de cette orientation, le roi Sarkozy et sa cour commencent à réaliser ce projet. La dernière semaine a été ainsi illustrée par trois évènements : la nuit des privilèges fiscaux, le discours d’Epinal sur la constitution et la séquence internationale qui aura vu successivement la femme du président et le secrétaire Général de l’Elysée faire un raid sur Tripoli, les armées européennes défiler sur les Champs Elysées et Bernard Kouchner accueillir toute la classe politique libanaise en banlieue parisienne. Que tirer de tout cela sinon le sentiment que le nouveau président de la République veut chausser les bottes du Général à la manière d’un néo-conservateur américain. Les 13 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches ne rappellent pas la politique industrielle de De Gaulle mais la révolution reaganienne.
La politique étrangère n’est pas encore très lisible mais semble s’orienter vers un droit-de-l’hommisme qui relève d’une politique de coups d’éclats où l’on met en lumière le prestige de la France avec un soutien discret à la politique américaine dans le cas du Liban. Tout ceci nous éloigne de De Gaulle. Dans le domaine constitutionnel, par contre, on y revient. Le régime gaulliste s’est toujours voulu présidentialiste. Le rêve secret de De Gaulle n’était-il pas de remettre le roi sur le trône ? S’il n’alla pas jusqu’à cette extrémité, le fait même qu’il y ait pensé montre que la Constitution de Michel Debré n’était pas un compromis avec le régime parlementaire, mais sa négation, ainsi que le souligna François Mitterrand dans son célèbre opuscule « le coup d’Etat permanent ».
Nicolas Sarkozy veut parachever l’œuvre du Général en accentuant les dérives monarchiques du pouvoir et en les adaptant à la mondialisation. Son projet ( qui garde les éléments essentiels du présidentialisme, tels que l’article 16 sur la dissolution et le 49/3 ) lui permet de déclamer une sorte de Discours sur l’Etat de l’Union devant les parlementaires, nie la question du cumul des mandats et du statut de l’élu, introduit une dose infime de proportionnelle, réduit totalement le rôle du Premier Ministre et ouvre la voie à une Vice - présidence. Le projet ne dit rien sur le rôle essentiel du quatrième pouvoir, celui des médias, ne remet pas en cause le statut du chef de l’Etat, alors même que l’Affaire Villepin montre clairement que Chirac, dans le cadre de son mandat, a exercé ce qui s’appelle une manipulation d’Etat et, dans l’affaire Borrel, une forfaiture. Bref, sous couvert d’introduction de la proportionnelle, les dérives monarchiques du pouvoir vont s’accentuer, avec la caution de quelques députés ou sénateurs du Front national, des Verts, voire de la LCR, sans autre pouvoir que celui d’un vain ministère de la parole.
Le fait que Jack Lang, partisan avéré d’un renforcement de cette tendance présidentialiste soit mis à contribution , renforce ce sentiment selon lequel nous nous acheminons doucement vers un bipartisme présidentiel à la française , fondé sur l’expérience mitterrandienne et celle des présidents de droite qui ont utilisé à leur convenance la constitution gaulliste, fille de la Guerre d’Algérie et de l’intervention de l’armée dans la vie politique. Le président gouverne, le gouvernement exécute et l’Assemblée en discute, telle est la devise de Sarkozy. Nous sommes loin de la VIème République. Et d’une démocratie citoyenne renouvelée.
Nicolas Sarkozy, pour qui tout s’achète et tout se vend, préfère une OPA déstabilisatrice du PS en payant cash les DSK, Lang ou Kouchner, à un dialogue démocratique qui associerait toutes les forces politiques du pays avec, à la clef, un débat transparent tel que pu l’entreprendre la commission Stasi sur la laïcité. Nous sommes passés du coup d’Etat rampant au coup d’éclat permanent. Bienvenue dans le monde merveilleux du Sarkoland.
Noël Mamère, le 16 juillet 2007
PS. Après Pascal Lamy à l’OMC, DSK au FMI, décidément la mondialisation libérale a les yeux de Chimène pour les élites socialistes. Que sont le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, sinon des instruments de guerre contre les pauvres sans aucun contrôle de l’ONU et sous direction des Etats les plus riches du G8 ? Bientôt le Bureau national du PS qui a applaudi à la nomination du député de Sarcelles pourra se réunir à Davos afin d’écouter les dirigeants des multinationales conter fleurette sur l’art et la manière de diriger le monde... Si la refondation passe par le consensus de Washington, on n’est pas près de voir le bout du tunnel !